Celle qui se prenait pour Moïse

Ne fuyez pas!!! Promis, je ne parlerai pas de religion! Non, je vais plutôt vous parler inondations!

Vous n’êtes pas sans ignorer que la France a subi ces derniers temps un record de pluie, ce qui a eu comme conséquence la fugue des cours d’eau hors de leurs lits respectifs!

Ainsi,dans ma p’tite ville, la rivière s’est invitée joyeusement dans certains quartiers, noyant tout sur son passage, tels que les commerces, les écoles, mais aussi les habitations…

Certains patients ont du être évacués pour leur sécurité. Pour moi, IDEL, le challenge a été multiple.

  • retrouver le patient (où est-il hébergé? comment va-t-il?)
  • pouvoir accorder du temps pour écouter le patient et son ressenti
  • se débrouiller pour apporter au patient ce dont il a besoin (médicaments, vêtements, disponibilité…)

Et puis, il y a les irréductibles! Ceux qui ne veulent en aucun cas quitter leur foyer… Ceux qui rient et ne me croient pas quand je leur parle de la crue, ou quand je leur montre des photos… parce qu’ils ne veulent pas croire que le sort leur joue un vilain tour comme cela…

Un patient a ainsi vécu chez lui sans électricité, ni chauffage, ni téléphone, ni frigo pendant plusieurs jours… Il nous a fallu, à mes collègues et moi, déployer des trésors de persuasion pour qu’enfin, il accepte de quitter sa maison…

J’ai mal à mon cœur d’habitante de ma p’tite ville, mais en tant que soignante, je dois rester solide, fiable pour mes « gens », les patients.

Déjà que leur univers habituel est perturbé, je ne peux pas craquer… Alors j’enfile mes bottes de pluie moches, j’accroche mon plus beau sourire à mes lèvres, j’affûte mes blagues et mes bons mots, et j’y vais!

Et mine de rien, je trouve que ces derniers jours m’ont énormément apporté: de la confiance en moi et mes ressources et, surtout, le sentiment d’avoir été là, pour eux, à un moment crucial de leur existence.

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Celle qui en a soupé des préjugés

« ah, tu as vendu ton âme au diable, tu es en libéral, tu vas voter à droite »

« allez arrête de gueuler que tu es en retard, tu as peur de quoi? de ne pas gagner assez d’argent?? »

« Quoi?? tu changes déjà de voiture??? eh ben, ça paie bien le libéral »

« Eh ben, tu gagnes bien cher pour le nombre de jours travaillés »/ « pleure pas sur tes charges, hein! vu ce que tu gagnes… »

Voici un petit florilège de ce que je peux entendre depuis que je suis infirmière libérale… et là, je sature! que dis-je… je BOUILLONNE!

zut crotte et flûte!

  1. je vote ce que je veux, comme tout français…cela s’appelle de la démocratie!
  2. je n’aime pas être en retard. Ce n’est pas une question d’argent, mais de respect au patient (et aussi,parfois, le retard implique un retard dans les soins, et chez un patient diabétique, ça peut être préjudiciable à sa santé)
  3. je fais ce que je veux avec ma voiture! et ce n’est pas comme si je m’offrais une Rolls Royce, hein!
  4. mon salaire, je le gagne en effectuant des soins… comme mes collègues en hôpital, en scolaire, en santé au travail, en EHPAD, en MAS etc. Alors OUI je travaille moins de jours (15 en moyenne) mais mes journées de travail font 12 à 14h en moyenne (soins au patient + l’administratif + certaines démarches que je fais pour le patient alors que ça ne fait pas partie de mes missions (chercher le pain, les médicaments, faire les démarches pour le renouvellement de la carte vitale perdue…). Ceux et celles qui me reprochent de penser à l’argent sont surement des bénévoles dans l’âme [ironie noire inside]

Bref…

On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est un fait! Mais quand ces remarques émanent de personnes qui me connaissent bien, ça me blesse et me fragilise.

Il faudrait peut être que je réponde à ces gens de se mêler de leurs fesses… mais je n’aime pas blesser les autres (ce qui ne semble pas réciproque… hélas).