Celle qui devenait grande

eh oui… depuis plusieurs mois maintenant, j’ai vendu un rein et un poumon un quart à mon banquier pour acheter la patientèle.

A y est…

je suis devenue une IDEL, installée, plus remplaçante, ni collaboratrice. Je suis ma patronne, pour de bon!

Qu’est ce que ça change? bah, honnêtement, pas grand chose! Pour les patients, je fais déjà partie des murs depuis mon arrivée sur le cabinet.

Je travaille davantage que lorsque je faisais juste les remplacements, j’ai davantage de débit sur mon compte pro (humph), j’ai fait mon bilan comptable (le premier, ça fait drôle), je gagne en assurance, en organisation.

Il y a quelques temps, je me suis absentée pour cause de vacances, les patients ont ronchonné! Preuve que je suis bien acceptée, voire même adoptée par certains.

L’exercice libéral me plait toujours autant, même si je prends du recul. Je suis moins « bisounours » qu’à mes débuts. Je mesure les aberrations de la NGAP, les points négatifs de ce mode d’exercice (les patients pensent que vous devez être sur le pont pour eux, tout le temps… les 24 CA et 25 RTT des salariés sont loiiiiiinnnnsss).

Je n’ai qu’un collègue… c’est à la fois bien et moins bien… Bien parce que sur certains points, on raisonne pareil. Moins bien quand je suis en repos et qu’il m’appelle / textote sans relâche (j’en viens à me demander comment il a fait avant moi pour survivre).

Malgré cet avis plus nuancé qu’à mes débuts (pas si lointain pourtant), j’aime le libéral. J’aime la relation privilégiée que j’ai avec les patients; j’aime la variété des soins que je rencontre (n’en déplaise à mes anciens collègues qui pensent qu’en libéral on ne fait que de la bobologie) de la classique prise de sang au moins classique  retrait de redon… J’aime développer mes compétences en évaluation des plaies notamment.

Je crois donc que je vais continuer mes tournées donc…

 

 

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Celle qui avait envie de secouer MST

Marie Sol…

Ah Marie Sol, qu’as tu fait! Tu dis que tu défends la Santé, mais il semblerait bien que tu l’enterres!

Notre beau système de santé, qu’en as tu fait? Quand tu penses rentabilité, nous pensons à nos patients. Comment prendre en soin correctement, de façon pluri-dimensionnelle le patient alors que tu serres de façon drastique les cordons de la bourse?

Il faudrait faire toujours mieux avec toujours moins?

Mais, Marie Sol, ce n’est pas possible!!!

La santé n’a pas de prix, même si elle a un coût. Toutefois, on ne peut pas faire des économies sur le personnel soignant, ni sur le remboursement des médicaments, ni revenir sur les ALD et leur prise en charge à 100%! Comment comprendre tes décisions irrationnelles, alors que certaines économies évidentes ne sont même pas évoquées?

Pour prendre en soin, il faut assurer la sécurité! Quand tu enchaînes les jours sans repos, comment ne pas commettre d’erreur? Quand les vacataires valsent de gauche à droite, pas encadrés ni doublés, comment assurer la sécurité?

Te rends-tu compte, Marie Sol, qu’avec tes idées saugrenues de rond de cuir qui n’a jamais mis les pieds dans un service pour en comprendre le fonctionnement, tu es en train de nous mener droit vers la santé à deux vitesses? Seuls les riches pourront se permettre de se soigner, alors que les plus démunis y réfléchiront à deux fois? Tu imagines les dégâts en terme de Santé Publique?

Et quand on te pose une question qui te dérange, tu ne réponds pas… Comme si nous n’existions pas… et pourtant, sans nous, infirmier, aide soignant, ASG, AMP, ASH, internes, médecins, cadre de santé, kiné, ergo, diététicien, secrétaire médicale… , que ferais tu? Tu brasserais de l’air… Note que ça ne te changerait pas tant que ça…

J’ai mal à ma blouse de soignante, j’ai mal à mon cœur de fille de patient, j’ai peur pour moi qui peut devenir patiente un jour…

Qu’as tu fait, Marie Sol?

Celle qui découvre les patients, ces drôles de gens

Parfois, les patients m’épatent… Souvent ils m’émeuvent, rarement ils m’agacent…

Toutefois, je découvre, chaque jour, un peu plus, que mon échantillon « patients » est assez représentatif du genre humain!

J’ai mes patients choupis. Ceux qui ont toujours un mot gentil, un vrai sourire, une attention (et même que des fois, ils me font des p’tits présents comme du fromage de chèvre, des fleurs, ou une tasse de café avec mes gâteaux secs préférés).

Il y a ceux qui se dérident mais pas trop vite. Par contre quand ils m’accordent un sourire ou une marque de confiance, c’est un peu comme si j’avais gagné la finale du 400m des jeux olympiques!

Il y a ceux qui me touchent, de part leur histoire de vie, ou encore leurs façons d’affronter les problèmes qui leur tombent sur le coin du nez avec recul, zenitude et sourire confiant.

Et puis il y a ceux qui m’interloquent!

 

Comme cette patiente qui m’a ouvert la porte avec du fard à paupière bleu jusque dans les sourcils voire même sur le front (et pas du bleu pastel! nan nan, un bon bleu électrique qui te décolle la rétine)!

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Ça  a été difficile de ne pas éclater de rire… mais j’ai tenu le choc! Et aujourd’hui, je reçois le choc rétinien (presque) sans sourciller… ET je lui ai même expliquer comment estomper son fard (ouais, je suis infirmière ET maquilleuse à mes heures perdues)… Bon l’estompage n’est pas encore pleinement acquis…

 

J’ai aussi eu le patient qui me demande de passer à des heures improbables pour une prise de sang… genre vers 4h du mat’… Comment te dire que ça ne va pas être possible… pour une prise de sang même pas à jeun, en plus!

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NON le milieu de la nuit n’est pas propice pour une prise de sang, je ne suis pas Dracula (un coup à me faire accueillir avec une gousse d’ail et un crucifix!).

 

Il y a aussi le patient qui te tient le bon vieux discours raciste de dessous les fagots avec TOUS les clichés sur l’immigré (qui pique le boulot du vrai français, qui est fainéant et qui vit des aides, alors que le vrai français, lui, galère sans rien toucher, et que, aux prochaines élections, il votera pour Mr Le Pen).

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Quand il démarre comme ça (et Dieu sait qu’il démarre vite et bien…), je le coupe (poliment) en lui disant que j’ai horreur de parler politique… et je le lance sur son autre sujet de prédilection, j’ai nommé le jardinage! Sujet bien moins casse gueule… Bon je passe pour une neuneu pas bien douée de ses dix doigts non équipée de la main verte (ce qui est assez proche de la réalité), mais on évite les clichés racistes qui me mettraient bien en colère (moi la pas vraiment française, aux multiples origines).

 

Les patients, cette inépuisable source d’étonnement/amusement/ ou pas!

Celle qui se trouvait bien bête

Je me dois de vous conter cet épisode de ma vie d’IDEL. Vous y verrez ma grande naïveté (qui confine à la bêtise…) ainsi que la fragilité de la distance thérapeutique soignant-soigné tellement rabâchée par mes formateurs de l’IFSI (rabâchée, mais jamais vraiment expliquée, sans exemple concret).

Je vais, comme tous les matins depuis une semaine, chez Mr W.

Mr W est sous AVK (anti vitamine K, médicament qui a pour effet de fluidifier le sang), donc c’est un patient que l’on voit mensuellement pour vérifier son INR (aka le taux de viscosité de son sang, pour les non initiés).
Ce dernier a effectué un p’tit séjour à l’hôpital du coin pour dyspnée, cyanose et autres joyeusetés qui ont fait penser à son épouse que ça n’allait pas bien (et à raison).

Or, allez comprendre pourquoi, son INR s’est complètement détraqué durant son séjour (dixit le patient, mais entre nous c’était logique! L’INR a tendance à yoyoter quand l’état du patient se dégrade, ou quand ce dernier est sous antibiotique).

Il est donc ressorti de sa colonie de vacances (^^) avec un INR dans les chaussettes et un relais en cours entre AVK et HBPM (héparine à bas poids moléculaire, alias les bonnes injections sous cutanées).

Nous allions donc matin et soir pour ses injections et 2 fois par semaine pour contrôler l’INR. J’étais celle qui y allait le plus souvent.

J’aime bien ce patient, il est vif d’esprit, super gentil. Nous pouvions discuter sur pas mal de sujets, c’était enrichissant, agréable. Lui semblait apprécier mes visites, il disait qu’il m’aimait bien, le courant passait bien avec lui comme avec sa femme. J’avais plaisir à y aller.

Et puis…

Et puis il s’est mis à me complimenter… sur mes vêtements, sur mes yeux, sur ma gentillesse… J’avoue, je le trouvais adorable (noter l’imparfait utilisé…). Il était gentil avec moi, aussi bien en présence de sa femme, de ses enfants…

Bref, je n’ai RIEN vu venir!

Un matin, je me pointe pour la traditionnelle prise de sang et la non moins traditionnelle injection.
Il est seul ce matin, son épouse qui travaille de nuit, est couchée à l’étage. Il m’offre le café; j’accepte, ce matin j’ai un peu de temps. Il me prend la main pour me dire combien il est heureux que je sois son infirmière. Je lui réponds que je suis contente de le connaître aussi.

Et là, ça dérape… il me dit dans un souffle (de BPCO) combien il m’aime, qu’il pense à moi jour et nuit, que je le rends fou…

AH AH AH comment réagir? Que dire?

Je lui souris gentiment, lui expliquant que notre relation est celle d’un patient et d’une soignante; que nos rapports sont strictement professionnels et amicaux. J’ajoute que je suis mariée, tout comme lui, que je suis soignante, avec une éthique et une déontologie;et que nous avons quelques décennies d’écart. Je pensais l’avoir calmé, en douceur et avec tact.

Que nenni!

Il me réclame : »juste un petit bisous ». Je suis sciée, mais naïvement je me dis qu’il va me claquer la bise et basta…

C’est quand je l’ai vu s’approcher de moi bouche grande ouverte et langue prête à l’assaut que je me suis dit que le bougre n’était pas calmé, donc!

J’avoue que je ne me suis jamais levée aussi vite, que je n’ai jamais rangé aussi vite mon matériel avant de m’enfuir au son de ses « je suis désolé, je ne voulais pas… »

Heureusement, le bon dieu des soignantes naïves a entendu mes prières, son INR est bon, les injections sont finies!

En tout cas, maintenant, je la visualise bien, cette foutue distance thérapeutique…

Celle qui se prenait pour Moïse

Ne fuyez pas!!! Promis, je ne parlerai pas de religion! Non, je vais plutôt vous parler inondations!

Vous n’êtes pas sans ignorer que la France a subi ces derniers temps un record de pluie, ce qui a eu comme conséquence la fugue des cours d’eau hors de leurs lits respectifs!

Ainsi,dans ma p’tite ville, la rivière s’est invitée joyeusement dans certains quartiers, noyant tout sur son passage, tels que les commerces, les écoles, mais aussi les habitations…

Certains patients ont du être évacués pour leur sécurité. Pour moi, IDEL, le challenge a été multiple.

  • retrouver le patient (où est-il hébergé? comment va-t-il?)
  • pouvoir accorder du temps pour écouter le patient et son ressenti
  • se débrouiller pour apporter au patient ce dont il a besoin (médicaments, vêtements, disponibilité…)

Et puis, il y a les irréductibles! Ceux qui ne veulent en aucun cas quitter leur foyer… Ceux qui rient et ne me croient pas quand je leur parle de la crue, ou quand je leur montre des photos… parce qu’ils ne veulent pas croire que le sort leur joue un vilain tour comme cela…

Un patient a ainsi vécu chez lui sans électricité, ni chauffage, ni téléphone, ni frigo pendant plusieurs jours… Il nous a fallu, à mes collègues et moi, déployer des trésors de persuasion pour qu’enfin, il accepte de quitter sa maison…

J’ai mal à mon cœur d’habitante de ma p’tite ville, mais en tant que soignante, je dois rester solide, fiable pour mes « gens », les patients.

Déjà que leur univers habituel est perturbé, je ne peux pas craquer… Alors j’enfile mes bottes de pluie moches, j’accroche mon plus beau sourire à mes lèvres, j’affûte mes blagues et mes bons mots, et j’y vais!

Et mine de rien, je trouve que ces derniers jours m’ont énormément apporté: de la confiance en moi et mes ressources et, surtout, le sentiment d’avoir été là, pour eux, à un moment crucial de leur existence.

Celle qui en a soupé des préjugés

« ah, tu as vendu ton âme au diable, tu es en libéral, tu vas voter à droite »

« allez arrête de gueuler que tu es en retard, tu as peur de quoi? de ne pas gagner assez d’argent?? »

« Quoi?? tu changes déjà de voiture??? eh ben, ça paie bien le libéral »

« Eh ben, tu gagnes bien cher pour le nombre de jours travaillés »/ « pleure pas sur tes charges, hein! vu ce que tu gagnes… »

Voici un petit florilège de ce que je peux entendre depuis que je suis infirmière libérale… et là, je sature! que dis-je… je BOUILLONNE!

zut crotte et flûte!

  1. je vote ce que je veux, comme tout français…cela s’appelle de la démocratie!
  2. je n’aime pas être en retard. Ce n’est pas une question d’argent, mais de respect au patient (et aussi,parfois, le retard implique un retard dans les soins, et chez un patient diabétique, ça peut être préjudiciable à sa santé)
  3. je fais ce que je veux avec ma voiture! et ce n’est pas comme si je m’offrais une Rolls Royce, hein!
  4. mon salaire, je le gagne en effectuant des soins… comme mes collègues en hôpital, en scolaire, en santé au travail, en EHPAD, en MAS etc. Alors OUI je travaille moins de jours (15 en moyenne) mais mes journées de travail font 12 à 14h en moyenne (soins au patient + l’administratif + certaines démarches que je fais pour le patient alors que ça ne fait pas partie de mes missions (chercher le pain, les médicaments, faire les démarches pour le renouvellement de la carte vitale perdue…). Ceux et celles qui me reprochent de penser à l’argent sont surement des bénévoles dans l’âme [ironie noire inside]

Bref…

On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est un fait! Mais quand ces remarques émanent de personnes qui me connaissent bien, ça me blesse et me fragilise.

Il faudrait peut être que je réponde à ces gens de se mêler de leurs fesses… mais je n’aime pas blesser les autres (ce qui ne semble pas réciproque… hélas).

 

Celle qui était toute fâchée

Connaissez vous le pire ennemi de l’infirmière libérale? mis à part notre ministre? mis à part les préjugés sur notre exercice? mis à part les joies de l’administratif?

non?

Ce sont les travaux!

Actuellement, dans ma p’tite ville, les travaux fleurissent à chaque coin de rues… à mon grand désespoir! Me voilà donc contrainte de faire des tours et des détours pour éviter les travaux mais aussi les bouchons (ces deux là vont souvent de paire, bizarrement).

Tous ces détours me font perdre un temps précieux, un temps que j’aurais pu / du accorder aux patients. Oui, je l’avoue, je préfère faire cinq minutes de causette avec les patients. A mon avis (qui vaut ce qu’il vaut), l’IDEL est là pour le soin technique certes, mais aussi pour écouter le patient.

Avec ces maudits travaux, je me transforme en harpie vociférante, couinant que je vais être en « retaaaaaaaaaaaaaaaaard, mais avance espèce de mou du genou, alleeeeeeeeeeeeeez bouge toiiiiiiiiiii ».

et les patients (enfin, certains…) me font bien remarqué que je suis en retard par rapport à d’habitude… et quand je leur explique les travaux – bouchons -c’est la cata; certains ne me croient pas (ceux qui ne mettent pas le nez dehors). Dans notre p’tite ville, il n’y a JAMAIS de bouchons, voyons.

Et là, je mobilise toutes mes ressources zen pour ne pas répondre méchamment au patient. Déjà, s’il ne sort pas, ce n’est pas forcément parce qu’il ne le veut pas, mais plutôt parce qu’il ne le peut pas.

Mais tout de même… JE DÉTESTE LES TRAVAUX