Celle qui se trouvait bien bête

Je me dois de vous conter cet épisode de ma vie d’IDEL. Vous y verrez ma grande naïveté (qui confine à la bêtise…) ainsi que la fragilité de la distance thérapeutique soignant-soigné tellement rabâchée par mes formateurs de l’IFSI (rabâchée, mais jamais vraiment expliquée, sans exemple concret).

Je vais, comme tous les matins depuis une semaine, chez Mr W.

Mr W est sous AVK (anti vitamine K, médicament qui a pour effet de fluidifier le sang), donc c’est un patient que l’on voit mensuellement pour vérifier son INR (aka le taux de viscosité de son sang, pour les non initiés).
Ce dernier a effectué un p’tit séjour à l’hôpital du coin pour dyspnée, cyanose et autres joyeusetés qui ont fait penser à son épouse que ça n’allait pas bien (et à raison).

Or, allez comprendre pourquoi, son INR s’est complètement détraqué durant son séjour (dixit le patient, mais entre nous c’était logique! L’INR a tendance à yoyoter quand l’état du patient se dégrade, ou quand ce dernier est sous antibiotique).

Il est donc ressorti de sa colonie de vacances (^^) avec un INR dans les chaussettes et un relais en cours entre AVK et HBPM (héparine à bas poids moléculaire, alias les bonnes injections sous cutanées).

Nous allions donc matin et soir pour ses injections et 2 fois par semaine pour contrôler l’INR. J’étais celle qui y allait le plus souvent.

J’aime bien ce patient, il est vif d’esprit, super gentil. Nous pouvions discuter sur pas mal de sujets, c’était enrichissant, agréable. Lui semblait apprécier mes visites, il disait qu’il m’aimait bien, le courant passait bien avec lui comme avec sa femme. J’avais plaisir à y aller.

Et puis…

Et puis il s’est mis à me complimenter… sur mes vêtements, sur mes yeux, sur ma gentillesse… J’avoue, je le trouvais adorable (noter l’imparfait utilisé…). Il était gentil avec moi, aussi bien en présence de sa femme, de ses enfants…

Bref, je n’ai RIEN vu venir!

Un matin, je me pointe pour la traditionnelle prise de sang et la non moins traditionnelle injection.
Il est seul ce matin, son épouse qui travaille de nuit, est couchée à l’étage. Il m’offre le café; j’accepte, ce matin j’ai un peu de temps. Il me prend la main pour me dire combien il est heureux que je sois son infirmière. Je lui réponds que je suis contente de le connaître aussi.

Et là, ça dérape… il me dit dans un souffle (de BPCO) combien il m’aime, qu’il pense à moi jour et nuit, que je le rends fou…

AH AH AH comment réagir? Que dire?

Je lui souris gentiment, lui expliquant que notre relation est celle d’un patient et d’une soignante; que nos rapports sont strictement professionnels et amicaux. J’ajoute que je suis mariée, tout comme lui, que je suis soignante, avec une éthique et une déontologie;et que nous avons quelques décennies d’écart. Je pensais l’avoir calmé, en douceur et avec tact.

Que nenni!

Il me réclame : »juste un petit bisous ». Je suis sciée, mais naïvement je me dis qu’il va me claquer la bise et basta…

C’est quand je l’ai vu s’approcher de moi bouche grande ouverte et langue prête à l’assaut que je me suis dit que le bougre n’était pas calmé, donc!

J’avoue que je ne me suis jamais levée aussi vite, que je n’ai jamais rangé aussi vite mon matériel avant de m’enfuir au son de ses « je suis désolé, je ne voulais pas… »

Heureusement, le bon dieu des soignantes naïves a entendu mes prières, son INR est bon, les injections sont finies!

En tout cas, maintenant, je la visualise bien, cette foutue distance thérapeutique…

Celle qui se prenait pour Moïse

Ne fuyez pas!!! Promis, je ne parlerai pas de religion! Non, je vais plutôt vous parler inondations!

Vous n’êtes pas sans ignorer que la France a subi ces derniers temps un record de pluie, ce qui a eu comme conséquence la fugue des cours d’eau hors de leurs lits respectifs!

Ainsi,dans ma p’tite ville, la rivière s’est invitée joyeusement dans certains quartiers, noyant tout sur son passage, tels que les commerces, les écoles, mais aussi les habitations…

Certains patients ont du être évacués pour leur sécurité. Pour moi, IDEL, le challenge a été multiple.

  • retrouver le patient (où est-il hébergé? comment va-t-il?)
  • pouvoir accorder du temps pour écouter le patient et son ressenti
  • se débrouiller pour apporter au patient ce dont il a besoin (médicaments, vêtements, disponibilité…)

Et puis, il y a les irréductibles! Ceux qui ne veulent en aucun cas quitter leur foyer… Ceux qui rient et ne me croient pas quand je leur parle de la crue, ou quand je leur montre des photos… parce qu’ils ne veulent pas croire que le sort leur joue un vilain tour comme cela…

Un patient a ainsi vécu chez lui sans électricité, ni chauffage, ni téléphone, ni frigo pendant plusieurs jours… Il nous a fallu, à mes collègues et moi, déployer des trésors de persuasion pour qu’enfin, il accepte de quitter sa maison…

J’ai mal à mon cœur d’habitante de ma p’tite ville, mais en tant que soignante, je dois rester solide, fiable pour mes « gens », les patients.

Déjà que leur univers habituel est perturbé, je ne peux pas craquer… Alors j’enfile mes bottes de pluie moches, j’accroche mon plus beau sourire à mes lèvres, j’affûte mes blagues et mes bons mots, et j’y vais!

Et mine de rien, je trouve que ces derniers jours m’ont énormément apporté: de la confiance en moi et mes ressources et, surtout, le sentiment d’avoir été là, pour eux, à un moment crucial de leur existence.

Celle qui débutait

Voilà. J’y suis. J’ai fini mon ultime jour de travail à l’hôpital. J’ai quelques jours de répit devant moi avant de plonger dans le grand bain de l’exercice libéral.

A mon premier jour, j’ai failli pleurer… je me suis perdue, pas moyen de trouver l’adresse d’un patient, mon GPS me disait que ce monsieur habitait à 3h47 de mon point de départ… j’en ai déduit que mon GPS avait du prendre un peu trop de soleil… ou que j’avais rentré une adresse erronée. Je vous rassure, depuis j’ai retrouvé mon chemin!

Mes premiers jours en tant qu’IDEL ont été caractérisés par un sommeil fort perturbé, peuplé de cauchemars tous aussi stupides les uns que les autres, par un transit intestinal accéléré (glamour, toujours) et des crampes abdominales affreuses.

Diagnostic fastoche = je suis en stress complet!

Autant je gère les soins sans trop de difficultés (et c’est là que je mesure l’expérience acquise) et la relation avec les patients, autant les raffinements administratifs de la nomenclature ET de mon outil de télétransmission me laissent parfois bien démunie!

Ce n’est pas faute d’avoir potassé la dite NGAP, ni d’avoir essayé de manipuler le dit engin de télétransmission… mais une fois devant le patient (qui cause… qui cause) et mon engin qui ne veut pas faire ce que je lui demande… J’ai attrapé quelques sueurs froides et quelques coups de chaud!

J’ai bien évidemment commis quelques boulettes, mais j’ai contacté la CPAM dans la foulée (preuve de ma bonne foi!). Les interlocuteurs de la CPAM ont été adorables, à l’écoute, je me sens vraiment épaulée.

En revanche, j’ai acquis un nouveau TOC depuis le début de mon activité : je consulte comme une folle dingue le solde de mon compte pro! On peut dire que le solde m’a fait hyper ventiler et stresser les deux premiers jours. Depuis que je perçois le salaire de mes actes, ça va un peu mieux!

Pour le moment: hôpital = 0; libéral = 1

Le commencement

Parce que dans la vie, ma logique n’appartient qu’à moi (et j’ai envie de dire, dieu merci!), pour une fois, je vais me conformer à la logique commune.

Je ne sais pas si je vais avoir des lecteurs (mais je l’espère), mais un peu de politesse ne fait jamais de mal, hein!

Donc, bonjour! Je m’appelle Christina, mais je n’anime pas les Reines du shopping. Moi, je suis plus Reine des pansements (un peu cradocs, c’est mon kiff ultime) ou la Reine de la veine ponctionnée… Oui, je suis une infirmière (dans le jargon, on dit IDE pour infirmière diplômée d’état). Non ma tenue n’est pas celle évoquée habituellement par le mâle sous testostérone

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non, on ne s’habille pas comme cela pour effectuer des soins infirmiers, promis

J’ai un certain âge, qui augmente tous les ans, à peu près au même rythme que la pousse de mes cheveux blancs, ou que le creusage de mes rides (arg). Pour le reste, je vous dirai que je préfère le garder pour moi, « it’s my life » comme le chante Gwen Stef’

cadeau bonux

Je vis en Province, quelque part dans le Royaume de France et de Navarre.

Pourquoi ce nom de blog, me direz vous?

Non, pas en hommage à la Reine des Neiges et son « libérééééééééééeee; délivrééééééééée » qui a pourri les oreilles de bon nombre  de personnes que je connais…

Mes ailes ont poussées quand un jour, j’ai quitté l’hôpital pour devenir IDEL (L pour libérale (au passage notez le jeu de mots du titre de ce blog (du grand art (ou pas)))… non pas que j’y étais mal; j’aimais mes collègues (avec leurs bons et moins bons côtés), j’aimais le travail que j’y faisais, le fait d’avoir une équipe derrière moi, avec qui on se fightait parfois, mais avec qui on se serrait les coudes en cas de situation pas chouette.
Mais alors, Christina, pourquoi être partie?

Parce que bosser en équipe c’est chouette, mais aussi parfois un peu pesant (que celui qui n’a jamais pesté que le protocole pansement mis en route depuis deux jours soit déjà modifié par la collègue qui est passée après nous lève la main), parce que le planning et son trocs de dimanche et jour férié me gonflait (en plus je ne comprenais rien aux JH, JS, RT, JF et autres acronymes)

Je voulais aussi tester une autre forme de relation soignant – soigné, dans sa formule plus équilibrée, en tout cas à mon sens. A l’hosto, le patient porte bien son nom… il attend, plus ou moins patiemment, je vous l’accorde, ses soins, dispensés par des professionnels de santé qu’il n’a pas choisi. Même que des fois, ça se passe super bien, d’autre fois, ça se passe sans plus, et parfois, ça coince.

Au domicile, le patient choisit son IDEL (par connaissance, par le bouche à oreille, au hasard en piochant dans les pages jaunes). L’Elu (oui, au moins ça) va donc entrer dans l’intimité du patient, dans SA maison, avec SA déco, SON organisation… et l’IDE va donc devoir s’adapter (finito, les commodités du Centre Hospitalier, finito les « c’est comme ça et pis c’est tout, vous n’êtes pas tous seul ») dans la mesure du raisonnable, hein! on n’est pas non plus à la botte du patient, j’ai dit relation équilibrée! Et la relation se tisse au fil des soins, des affinités.

Dans ce blog, je vais essayer, régulièrement, de vous raconter de façon anonyme (pour moi et pour les patients because secret professionnel) les anecdotes de mon quotidien, de mon installation (paperasse power!) à mes étonnements/ fous rire/ agacements qui font de mon métier ma passion!

A très vite donc