Celle qui en a soupé des préjugés

« ah, tu as vendu ton âme au diable, tu es en libéral, tu vas voter à droite »

« allez arrête de gueuler que tu es en retard, tu as peur de quoi? de ne pas gagner assez d’argent?? »

« Quoi?? tu changes déjà de voiture??? eh ben, ça paie bien le libéral »

« Eh ben, tu gagnes bien cher pour le nombre de jours travaillés »/ « pleure pas sur tes charges, hein! vu ce que tu gagnes… »

Voici un petit florilège de ce que je peux entendre depuis que je suis infirmière libérale… et là, je sature! que dis-je… je BOUILLONNE!

zut crotte et flûte!

  1. je vote ce que je veux, comme tout français…cela s’appelle de la démocratie!
  2. je n’aime pas être en retard. Ce n’est pas une question d’argent, mais de respect au patient (et aussi,parfois, le retard implique un retard dans les soins, et chez un patient diabétique, ça peut être préjudiciable à sa santé)
  3. je fais ce que je veux avec ma voiture! et ce n’est pas comme si je m’offrais une Rolls Royce, hein!
  4. mon salaire, je le gagne en effectuant des soins… comme mes collègues en hôpital, en scolaire, en santé au travail, en EHPAD, en MAS etc. Alors OUI je travaille moins de jours (15 en moyenne) mais mes journées de travail font 12 à 14h en moyenne (soins au patient + l’administratif + certaines démarches que je fais pour le patient alors que ça ne fait pas partie de mes missions (chercher le pain, les médicaments, faire les démarches pour le renouvellement de la carte vitale perdue…). Ceux et celles qui me reprochent de penser à l’argent sont surement des bénévoles dans l’âme [ironie noire inside]

Bref…

On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est un fait! Mais quand ces remarques émanent de personnes qui me connaissent bien, ça me blesse et me fragilise.

Il faudrait peut être que je réponde à ces gens de se mêler de leurs fesses… mais je n’aime pas blesser les autres (ce qui ne semble pas réciproque… hélas).

 

Celle qui était toute fâchée

Connaissez vous le pire ennemi de l’infirmière libérale? mis à part notre ministre? mis à part les préjugés sur notre exercice? mis à part les joies de l’administratif?

non?

Ce sont les travaux!

Actuellement, dans ma p’tite ville, les travaux fleurissent à chaque coin de rues… à mon grand désespoir! Me voilà donc contrainte de faire des tours et des détours pour éviter les travaux mais aussi les bouchons (ces deux là vont souvent de paire, bizarrement).

Tous ces détours me font perdre un temps précieux, un temps que j’aurais pu / du accorder aux patients. Oui, je l’avoue, je préfère faire cinq minutes de causette avec les patients. A mon avis (qui vaut ce qu’il vaut), l’IDEL est là pour le soin technique certes, mais aussi pour écouter le patient.

Avec ces maudits travaux, je me transforme en harpie vociférante, couinant que je vais être en « retaaaaaaaaaaaaaaaaard, mais avance espèce de mou du genou, alleeeeeeeeeeeeeez bouge toiiiiiiiiiii ».

et les patients (enfin, certains…) me font bien remarqué que je suis en retard par rapport à d’habitude… et quand je leur explique les travaux – bouchons -c’est la cata; certains ne me croient pas (ceux qui ne mettent pas le nez dehors). Dans notre p’tite ville, il n’y a JAMAIS de bouchons, voyons.

Et là, je mobilise toutes mes ressources zen pour ne pas répondre méchamment au patient. Déjà, s’il ne sort pas, ce n’est pas forcément parce qu’il ne le veut pas, mais plutôt parce qu’il ne le peut pas.

Mais tout de même… JE DÉTESTE LES TRAVAUX

Celle qui devait trouver un destrier

Les débuts ont été stressants (mes nuits ont été hantées de rêves étranges où j’errai dans une rue en criant le nom du patient car sa maison avait disparu (secret professionnel, bonjour!!)), mais aussi enrichissants. J’ai pu me rendre compte que j’ai fait le bon choix en me lançant dans le domicile (même si l’administratif me ronge).

paperasseMoi, noyée sous la paperasse libérale

Tout allait donc bien au pays des Bisounours! J’enchaînais mes tournées allègrement, je domptais peu à peu mon logiciel de télétransmission, j’apprenais à ne pas hyper ventiler à chaque appel de la CPAM, ni à chaque courrier de l’Urssaf.

Et puis, un jour, mon fidèle destrier, mon cabinet roulant, ma deuxième maison, mon bébé à quatre roues a montré quelques signes évidents de faiblesse.

Un matin (où j’étais à la bourre, bien évidemment sinon ça ne serait pas aussi drôle!), ma voiture m’a pris entre quatre zyeux et m’a dit « Christina, je suis navrée, mais là, ça ne va plus être possible! Fais ta tournée à vélo et laisse moi mourir en paix »

little-pendu

Argggggg argggggggg arggggggg! mais je fais comment pour bosser moi!!!!!!!

Ouf, mon conjoint n’était pas encore parti travailler… j’ai donc pu négocier avec lui pour récupérer SA voiture (la contre partie, c’est que je devais l’emmener et le récupérer au boulot… alors que ses horaires et les miens sont juste pas vraiment compatibles… bref je suis mauvaise en négo). Le temps de transvaser tout mon matériel dans sa voiture et j’ai filé chez mon premier patient (qui n’a pas manqué de constater que je n’avais pas ma voiture habituelle!)

Toutefois, cette solution ne pouvait être que provisoire (mon chéri n’est pas adepte du cyclisme, ni du sport en général et il n’est pas non plus Mère Térésa).

J’ai donc commencé à fureter sur Internet à la recherche de mon futur carrosse… Je le voulais de la même taille que feu mon fidèle destrier, avec si possible un coffre un poil plus grand, une caméra de recul ou un radar de recul (oui, je ne sais PAS trop bien manœuvrer), une boîte automatique, et si possible hybride (car je pense que les démarrages et arrêts non stop ont précipité le suicide de mon destrier Ier du nom…). Pour le reste, options et autres, je m’en fichais comme de ma première seringue!

Par contre, pas question d’acheter mon carrosse! J’ai découvert que le leasing était tout de même bien plus pratique pour une IDEL (la location comprend le véhicule mais aussi son entretien, le prêt d’un véhicule si jamais j’étais en panne etc ET ça passe dans les frais professionnels).

Le lendemain d’un de mes multiples furetages, j’ai reçu un appel d’un concessionnaire de ma ville pour me proposer de faire un essai sur une de leurs hybrides. (je me suis sentie limite fliquée d’ailleurs…)

Je suis allée faire l’essai, histoire de voir aussi les tarifs…

Puis j’ai contacté mon banquier, car il avait déjà évoqué le leasing (sans me convaincre à l’époque, vu que j’avais encore mon fidèle destrier!) pour comparer les financements du concessionnaire avec celui de ma banque.

Puis j’ai contacté Dieu… alias mon comptable, pour qu’il me dise si pour lui c’était ok ou pas.

Bref, j’ai passé commande… et maintenant j’attends la livraison (et mon chéri l’attend avec encore plus d’impatience que moi (grosse feignasse))

Celle qui flippait un peu

Voici la suite de mes péripéties installationnesques!

Après avoir rappelé (un certain nombre de fois) la DRH de mon centre hospitalier, après les avoir menacés de venir moi même chercher ce foutu relevé d’heures, je l’ai enfin reçu par courrier interne.

Bon… ils m’ont fait du service minimum… normalement, ils auraient dû détailler année par année mes heures travaillées… j’ai eu le relevé des heures travaillées depuis mon embauche… bref!

Une fois ce document transmis par mail à la CPAM, toute guillerette, je rappelle l’ARS de mon département d’exercice.

Et là… douche froide! « mais Madame Christina, nous n’avons pas votre autorisation émanant de la CPAM »

Gloups! Je farfouille dans ma boite mail, je retrouve la date d’envoi, que je transmets à la dame. Elle me dit de ne pas m’affoler (trop taaardddd), qu’elle va enclencher mon dossier quand même et qu’elle va contacter la CPAM…

J’étais en train d’expliquer mes mésaventures à ma future associée quand je reçois un  appel de la CPAM.

« Mais Madame Christina, je vous avais dit que vous deviez m’envoyer votre diplôme et votre relevé d’heure AVANT de rappeler l’ARS »
– mais c’est ce que j’ai fait! J’ai envoyé mon mail à telle adresse mail! Aurais je fait une erreur en tapant l’adresse mail?
– … ah… euh… ah mince, j’ai du le zapper… oui oui je l’ai, vos pièces jointes aussi… ah mais votre relevé d’heures n’est pas fait année par année… bon ce n’est pas grave hein!
– (merci de vos excuses que j’accepte de bon cœur) décidément, j’ai souvent la poisse administrative moi!
– (petit rire un peu gêné) bon, eh bien,  c’est ok, je rappelle l’ARS de suite.

Et là, j’ai tenté le tout pour le tout! J’ai réclamé mon RDV avec la CPAM et l’URSSAF (normalement je devais rappeler pour prendre rdv 15 jours après, mais zut quoi!)

Et vous savez quoi? La dame m’a donné mon RDV, m’a donné la liste des documents que je devais fournir, le tout avec le sourire!

L’installation en libéral est un vrai parcours du combattant!

Celle qui découvre les joies de l’administration

Une fois la disponibilité accordée, je commence légèrement à paniquer! Que dois je faire en premier? Sautiller sur place en couinant de joie « je suis bientôt infirmière libéraleuh »? Trinquer au champagne avec mes amis et mes p(r)oches?

Bon… j’ai fait les deux… et ensuite, j’ai utilisé le joker « appel à une future associée ».

Ma future collègue m’a donc expliqué les démarches à faire devant une tasse de café. Elle m’a même fait une p’tite liste que je puisse cocher au fur et à mesure (j’adooore les to-do-lists).

J’ai commencé par imprimer le dossier pour l’Ordre Infirmier, puis je l’ai rempli, j’ai allègrement photocopié les justificatifs, et rempli en grommelant un chèque pour payer ma cotisation. Je me suis ensuite rendue dans le bureau de poste le plus proche de mon domicile pour envoyer le dit dossier en recommandé (toujours en grommelant).

Oui, je grommelle car ça me gave de devoir payer pour l’Ordre alors qu’il vacille, que tous les professionnels de santé ne le reconnaissent pas comme légitime… MAIS je me conforme à la loi (et je grommelle…).

Une fois le reçu de mon recommandé précieusement rangé dans mon porte feuille en guise de justificatif, j’attrape mon amant, alias mon téléphone chéri, et j’attaque les démarches pour de bon en téléphonant à l’ARS (agence régionale de santé).

J’ai eu une personne tout à fait charmante au bout du fil (et pourtant habituellement, l’Administration et moi, ça ne marche pas fort, j’ai le chic pour tomber sur des gens désagréables et/ou incompétents…). Là, j’ai eu une dame adorable, qui m’a donné les renseignements que je voulais (concernant notamment les démarches à faire, dans quel ordre les faire etc). Elle m’a de plus donné le numéro de téléphone de la personne de la CPAM qui s’occupe des installations des libéraux. Une perle, je vous le dis!

Je raccroche avec le sourire au lèvres, en me disant que ça commence vraiment bien.

Le lendemain, j’appelle donc la dame de la CPAM (un jour, un appel, telle est ma devise). Là, encore, je tombe sur une personne compétente et agréable! Je suis aux anges. Elle me donne, elle aussi, la marche à suivre, m’informe que je n’aurai pas à contacter l’URSSAF puisque c’est la CPAM qui s’en charge! Yeah! Elle me donne la liste des documents à fournir pour monter mon dossier et m’explique que je dois demander à mon employeur une attestation du nombre d’heures que j’ai travaillées durant les 6 dernières années. Fastoche!

Je raccroche donc, et j’appelle de suite l’administration de mon hôpital.
– Bonjour, je suis Christina, IDE chez vous dans tel service.
– oui, bonjour, que puis je pour vous?
– étant donné que je vous quitte pour me lancer en libéral, la CPAM me demande une attestation du nombre d’heures travaillées émanant de mon hôpital.
– … ouh laaaaaaaaaa… *profond soupir* je vais vous passer ma collègue car là… je ne sais pas.
petite musique d’attente assez agaçante
– Oui, allo?
– Bonjour madame, je suis Christina, IDE chez vous dans tel service. Je pars en libéral et la CPAM me demande une attestation du nombre d’heures travaillées émanant de mon hôpital.
– ah… *gros gros soupir bien désespéré* heu…heu… je vais prendre vos coordonnées et vous rappeler, ok?
– *voix dépitée* en fait, il s’agit juste de faire le total des heures qui sont notées sur tous mes bulletins de salaires depuis que je travaille chez vous en tant qu’infirmière, vous savez.
– ha? *voie ragaillardie* du coup, vous pouvez photocopier tous vos bulletins de salaires et les donner à la CPAM alors (genre faites moi pas chier et démerdez vous)
– *un poil agacée mais se contient* NON, la CPAM demande expressément une attestation de votre part (fais ton boulot connasse, c’est pas compliqué je viens de te dire comment faire).
– bon… je prends vos coordonnées et je vous rappelle dans la journée, ok?

Elle a bien pris mes coordonnées, je suis donc restée à moins de 52 cm de mon téléphone toute la journée (oui, même aux toilettes), idem le lendemain, idem le surlendemain… en vain! Cette connasse incompétente feignasse dame ne m’a pas rappelée…

Il ne me reste plus qu’à me déplacer à l’administration pour récupérer la dite attestation (que même un babouin saurait faire), sans me fâcher, sans péter des dents, en toute dignité donc!

 

 

Celle qui voulait s’installer en libéral

Après avoir obtenu une disponibilité pour convenances personnelles (pour les non initiés, c’est une possibilité pour les titulaires de la fonction publique, de quitter son poste sans quitter la fonction publique pour une durée maximale de  dix ans), me voici un peu tremblante, en train de lister les choses à faire avant de commencer une tournée!

La liste est… intéressante! Disons que, pour une allergique aux démarches administratives, c’est limite violent!

paperasse

Il faut, en vrac: prévenir l’ARS (Agence Régionale de Santé) du changement du mode d’exercice (et de la date), se mettre en ordre avec l’ONI (Ordre National Infirmier), prévenir la CPAM (pour pouvoir être payée), s’inscrire à la CARPIMKO (assurance vieillance et santé obligatoire), contracter des assurances diverses et variées (pour le cabinet, pour la voiture, pour la responsabilité professionnelle, pour la prévoyance, la retraite…), contacter les Impôts, se faire connaitre auprès des SSIAD…

Bref le bonheur à l’état pur.

Mais avant, il faut déterminer où je vais exercer. A la base, je devais exercer dans Ville-de-Province, où je vis. Mais le cabinet qui m’a « recrutée » (ce n’est pas le bon terme, puisque je serai indépendante au niveau salaire, mais je ne trouve pas d’autres termes) souhaite s’étendre en ouvrant un autre cabinet ailleurs.

bisounours

Bon, je suis un bisounours qui chevauche une licorne, et qui fait du toboggan sur un arc en ciel et lançant des paillettes (c’est ainsi que je suis vue par ceux qui me côtoient). J’ai compris ce besoin d’extension comme « tu arrives, on n’aura pas assez de boulot, faut qu’on installe un deuxième cabinet ailleurs ». Ma compréhension de la situation est assez limitée, je l’avoue.

Dans l’absolu, que mes futures collègues veuillent travailler en plus dans un autre cabinet ne me dérange pas, même si j’avoue m’être engagée dans ce cabinet pour sa tournée à proximité de mon domicile (oui, je ne suis pas non plus Mère Térésa).

Mes futures collègues prospectent, trouvent deux endroits où poser nos sacoches. Le premier, un cabinet d’IDEL se manifeste contre notre arrivée. Dans le deuxième endroit, on est venu nous chercher.

Toutefois, j’entends parler d’une collègue que je connais et qui s’était positionnée sur cet endroit où la mairie est venu nous prospecter.

Rien ne vaut parler directement avec l’intéressée! Je prends donc mon téléphone (qui me quitte de plus en plus rarement…) et je l’appelle pour savoir ce qu’elle souhaite faire. Elle me dit que les démarches sont effectivement en cours.

Bon, eh bien, il n’y aura donc pas de cabinet secondaire, j’en informe mes futures collègues, qui décident donc de se concentrer sur le cabinet existant. Quand je demande s’il y aura assez de travail, mes collègues s’esclaffent! J’apprends qu’elles refusent des demandes de prises en soin car elles courent déjà partout.

Que de rebondissements! J’espère que la suite sera plus calme…